Politique d’égouttage en Belgique: le Moyen-Age

Pas de politique belge des égouts en 2012

Assainissement: le plus grand progrès médical en 150 ans

Notre réseau d’égouttage date en grande majorité du siècle dernier. Ce réseau a signifié un important progrès en matière de santé publique. D’une enquête réalisée en 2007 auprès de 11.000 membres du British Medical Journal dans le monde entier est ressorti le fait que l’assainissement des eaux est considéré comme le progrès médical le plus considérable réalisé en 150 ans. Un progrès qui recouvre toutes les applications pratiques sanitaires comme la distribution d’eau potable et l’égouttage. Les conclusions de cette enquête confirment l’importance d’intensifier sans tarder le travail lié aux objectifs du Millénium en matière d’eau et d’assainissement, tels que fixés dans le Human Development Report 2006 lancé par le programme de développement des Nations Unies (UNDP). L’objectif 7 es, entre autres, celui de réduire de moitié pour l’an 2015 le nombre de personnes n’ayant pas d’accès durable à l’eau potable (WorldPress 2007). Autant de bonnes raisons de prendre soin en bon père de famille de ce réseau d’égouts dans lequel nos autorités publiques de l’époque ont investi énormément d’argent.

Retour au Moyen-Age pour la Belgique

Entretenir et gérer convenablement notre réseau d’égouts doit être une mission de base pour nos autorités. Vincent Coolsaet, directeur de la s.a. Incafin, a pourtant des reproches à leur faire : « Nous sommes désolés, chez Incafin, de devoir constater que pour l’instant, nos édiles manquent de courage et de vision pour entreprendre ces indispensables mais coûteux entretiens du patrimoine souterrain que constitue notre réseau d’égouts. Cela nous ramène à une époque préhistorique où personne ne se souciait d’une élimination des eaux usées qui soit un tant soit peu efficace et hygiénique (Cf. photo 1). Plus tard, au Moyen-Age, les égouts de l’époque n’étaient en rien comparables à ceux d’aujourd’hui. Maintenant que nous avons de véritables égouts, c’est un devoir pour nos autorités de les entretenir. D’ailleurs leur absence au Moyen-Age a eu des conséquences catastrophiques avec une profusion de maladies et épidémies telles que diarrhées, dysenterie, diphtérie, choléra, jaunisse, peste et infections de parasites divers… »

La collecte et la conduite des eaux ménagères vers leur lieu d’épuration est, selon les Nations Unies, un objectif vital pour tous les citoyens. L’accès à une eau vraiment potable combinée avec la mise en service des premiers réseaux d’égouts ont énormément contribué à la santé publique. En 1854, John Snow, un médecin anglais, a découvert que le choléra se transmettait par l’eau plutôt que par l’air et que pour le combattre, c’est donc l’eau qu’il fallait assainir. Pour une ville comme Londres, c’était une découverte capitale, source de tous les progrès économiques et sociaux ultérieurs. On avait ainsi enfin compris le pourquoi des épidémies de choléra qui avaient fait des milliers de victimes via l »eau contaminée. L’eau et les eaux us »es ont depuis lors fait l’objet d’une attention nouvelle. Le choléra, du coup, n’a plus sévi. Et comme par hasard, l’espérance de vie s’est mise à croître spectaculairement, parallèlement à l’accès à l’eau potable et au degré d’égouttage pratiqué.

Etat de nos égouts : que faire ?

Vincent Coolsaet : « Entretenir un réseau d’égouttage, cela signifie d’une part qu’il faut périodiquement nettoyer toutes les conduites en les dégageant de la vase, pour permettre un bon courant des eaux usées et d’autre part qu’il faut empêcher les infiltrations de ces eaux dans le sol. Des conduites fissurées ou corrodées ne sont plus étanches. La fréquence du nettoyage dépend des circonstances locales. Nos égouts ont quelquefois été laissés dans un état de vétusté telle qu’il n’est plus possible de les nettoyer. Elles ne sont plus qu’un amas de vase et si on enlève cette vase, il y a un réel danger qu’elles s’écroulent, après tant d’années que leur état n’a plus été vérifié. Alors on préfère souvent ne plus nettoyer les égouts qui, à un moment donné, se brisent car ils sont trop vétustes et pourris pour supporter encore la masse de vase. Il s’en suit qu’il faut alors les refaire, ce qui coûte toujours beaucoup plus cher que si on avait fait un entretien périodique préventif par l’intérieur, sans devoir tout ouvrir. »

Les techniques de rénovation des égouts permettent, selon Incafin, des solutions durables pour stopper les infiltrations d’eaux usées dans le sol sans pour autant devoir effectuer des percements en surface. Postposer un entretien n »arrange donc rien et, au contraire, alourdit la note à plus long terme, lorsqu’il faudra quand même, un jour, intervenir pour réparer ou remplacer la conduite. Plus on attend, plus la note sera salée… Mais nos autorités préfèrent souvent la politique du rafistolage, signe de leur vision à très court terme.

Rénovation d’égouts, méthode de réparation durable

Comme toute construction, les égouts ont une durée de vie moyenne : environ un demi-siècle après leur pose. A ce moment-là se pose souvent la question : faut-il réparer, rénover ou remplacer ? L’installation d’une doublure est régulièrement pratiquée, sorte de « relining chaussette » qui, en fait, est la méthode la plus connue et la plus souvent appliquée pour la rénovation d’égouts.

Un cadre juridique s’impose

Chez Incafin, on pose cette question : « Faudra-t-il qu’on en meure à nouveau dans notre pays pour qu’on réagisse enfin ? Il est urgent qu’on impose, par un cadre juridique, une politique d’entretien proactive de nos réseaux d(égouts. Leur bon fonctionnement n’incombe-t-il pas à nos pouvoirs publics ? Urgent aussi qu’on rende obligatoire l’élaboration d’un plan d’entretien clair et précis pour tous les égouts, du plus ancien au plus récent. Et que le respect de cette obligation soit contrôlé officiellement par des instances compétentes… »

Chez Incafin, on fait de plus remarquer que le bon fonctionnement des égouts n’est pas seulement une question de santé publique, mais aussi écologique et environnementale. A quoi peuvent rester troués comme des passoires ? Car dans ce cas, ce sont de graves pollutions du sous-sol qu’on occasionne. Nos pouvoirs publics peuvent-ils encore rester crédibles, s’ils les tolèrent ?

Désastres causés par le laxisme de nos autorités

Vincent Coolsaet : « Le comportement de nos autorités est incompréhensible lorsqu’on sait que l’Europe impose que l’eau de nos fleuves et rivières soit de bonne qualité en 2015. Il est clair qu’on n’y arrivera pas tant que des eaux ménagères non traitées seront déversées dans nos ruisseaux et tant que notre réseau d’égouttage restera percé de toutes parts faute d’une gestion résolue. Un Etat et ses composantes locales ont le devoir de mener une politique qui, à travers des lois, règlements et arrêtés, forcent le maintien d’une qualité supérieure de l’eau, sans laisser s’y infiltrer des bactéries ou des parasites susceptibles de provoquer des maladies et de mettre en péril la santé publique. Vouloir faire des économies sur cette qualité des eaux témoigne d’une vision à très court terme, si seulement vision il y a. Le défaut d’entretien de nos égouts provoque une infiltration de bactéries dans le sol, ce qui, en aval, pollue nos cours d’eau. Notre écosystème est abîmé par la mutation dont souffrent les organismes nécessaires au maintien de la pureté de l’eau. Les efforts consentis jusqu’ici par nos autorités en construisant aux frais du contribuable de coûteuses stations pour épurer les eaux usées ménagères seront perdus si par ailleurs notre réseau d’égouts est percé faute d’entretien… ».

La s.a. Incafin insiste aussi sur l’urgence : On n’a plus le temps de tergiverser et de postposer encore en continuant à occulter les problèmes.

« Cela fait plus de trente ans qu’on joue à ce jeu-la. Cette politique désastreuse en matière d’égouttage constitue depuis longtemps le tendon d’Achille de notre système. Car à ce train-là, no court tout droit à la catastrophe ! Et s’il n’est pas trop tard, il est en tout cas moins une ! », conclut Vincent Coolsaet.

Source: Les cahiers du chantier - 05/2012